Niger : chômage et insécurité grandissante, Agadez sous pression

Malgré le durcissement des lois contre les passeurs et les près de 17 000 migrants rentrés volontairement chez eux, depuis le Niger, en 2018, la ville d’Agadez est toujours une plaque tournante de la migration irrégulière en Afrique. Attirant des milliers de migrants en transit et, depuis plus récemment des refoulés des autres pays de la région, notamment l’Algérie, cette cité du nord du Niger est plongée dans un chaos grandissant, où règnent insécurité et trafics en tout genre.

Depuis 2016, lors de l’entrée en vigueur d’une loi réprimant tous ceux impliqués dans les filières migratoires, l’économie d’Agadez est en berne. Le chômage et l’insécurité sont le quotidien pour la plupart des habitants de la ville. Depuis quelques mois, la situation est exacerbée par l’arrivée massive de migrants soudanais en quête d’asile, suite à l’ouverture d’un nouveau centre d’accueil de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).

« Que cela nous plaise ou non, la cessation de la traite d’êtres humains a eu pour conséquence que des milliers de familles ont perdu leur moyen de subsistance. Si la communauté internationale ne soutient pas le Niger, ces familles pourraient se retourner contre les étrangers bloqués ici », affirmait Filippo Grandi, chef du HCR, lors d’une visite à Agadez en juin dernier.

Si ces deux dernières années, des réseaux de passeurs ont été démantelés, des centaines de voitures saisies et des personnes arrêtées, cela n’empêche pas les migrants de tenter toujours de partir en Europe, via l’Algérie, le Maroc et la Libye, bien que cette dernière ne soit plus la destination de choix, depuis que l’Italie a fermé ses frontières. Les trajets sont devenus plus chers et encore plus risqués.

Avant les nouvelles mesures, la migration était certes irrégulière, mais très bien organisée. « Il y’a trois ans, en tant que passeur tu étais tenu de faire arriver les clients, les migrants, à bon port, étant donné que leurs familles et les réseaux savaient avec qui ils traitaient. Aujourd’hui, avec la loi anti-migratoire tout se fait au noir », se plaint Hamada, un ex-passeur, depuis au chômage, qui attend impatiemment l’appui financier, promis par le gouvernement et l’Union européenne, pour sa reconversion.

Quant aux montants déboursés par les candidats à l’exile, ils ont plus que triplé. « Avant cette loi, le trajet Arlit – Algérie coûtait entre 100 000 et 130 000 FCFA [entre 150 et 200 euros N.D.L.R)», affirme Patrick, mécanicien de 26 ans, originaire du Cameroun. « Avant, on payait 200.000 FCFA maximum, pour passer d’Agadez en Libye, parfois pour aller jusqu’à Tripoli. Aujourd’hui un migrant débourse 450 000 à 600 000 FCFA pour le même trajet, avec le risque d’être abandonné dans le désert ou vendu à des trafiquants une fois en Libye », explique pour sa part Michelle, une jeune guinéenne de 23 ans, habitant à Agadez.

Prolifération de ghettos

Dans ces conditions, de plus en plus de migrants sont coincés à Agadez et deviennent les proies des réseaux criminels qui opèrent dans la région. « A différence des centres de transit de l’OIM, sécurisés et organisés, les ghettos sont des maisons où les migrants refoulés, ou en transit à Agadez, sont gardés clandestinement  » explique un agent du Projet Migrant.

« Ces ghettos sont une menace pour nos affaires et source d’insécurité pour la population, à cause des trafics qui s’y produisent » affirme inquiète Fatima Hamed Moumine, opératrice économique basée à Agadez. La situation est d’autant plus alarmante pour les femmes et les enfants. Ces migrants plus vulnérables, exposés à toutes sortes d’abus, sont souvent obligés par les gangs criminels à voler ou à se prostituer, dans l’attente d’un départ incertain.

Pauvreté, manque de perspectives, conflit, aléas du climat, nombreuses sont les raisons qui poussent les migrants subsahariens à partir. « Les conditions socio-économiques, climatiques, démographiques et politiques qui dominent dans la région, associées à un tarissement des ressources, jouent un grand rôle non seulement dans l’instabilité de la région, mais aussi dans le désir qu’ont les jeunes gens d’émigrer vers l’Europe » affirme l’expert en géopolitique Yahia H. Zoubir, dans une publication de l’Institut Européen de la Méditerranée.

Faisant le lien entre migration, sécurité et développement, le chercheur affirme qu’il faut traiter les causes réelles de la situation actuelle, dont le chômage et la marginalisation. « S’attaquer à ce problème à travers de vrais programmes de développement est vital pour la sécurité de la région Sahel-Afrique du Nord et de l’Europe ». Il rappelle également le besoin d’une position ferme de la part de l’EU vis-à-vis des états africains, en termes de respect des droits de l’homme, de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption.

 

TMP 31/12/2018

Photo: Issifou Djibo. Des migrants à Agadez, en partance pour l’Algérie.

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