« Les migrants ont besoin de liberté, de sécurité et du respect de leur dignité »

Interview avec le sociologue Hamidou Manou Nabara

Alors que le nombre des migrants arrivés en Europe est en nette diminution en 2018, les chiffres des morts ou disparus en Méditerranée atteignent des records, avec plus de 2 200 victimes cette année. Après l’échec des négociations entre l’Union Européenne et des États africains pour l’instauration de « hot spots », des centres de débarquement des migrants, l’UE veut conclure des accords spécifiques avec les pays concernés, dont le Niger, pour mieux contrôler l’afflux des migrants irréguliers vers l’Europe. Entre temps les migrants en transit au Niger, notamment à Agadez, vivent dans une situation de plus en plus précaire. Autant des sujets qui inquiètent l’opinion et dont Le Projet Migrant a discuté avec le sociologue Hamidou Manou Nabara, président de l’ONG Jeunesse, Enfance, Migration et Développement (JMED), à Niamey.

Quelle solution préconisez-vous au sujet des migrants qui meurent en Méditerranée, dans le Sahara ou encore dans des centres de détention, en tentant d’atteindre l’Europe?

La mort des migrants doit nous interpeller parce que les migrants sont des personnes humaines qui ont, certes, des droits et des obligations, mais qui, le plus souvent, fuient la pauvreté, les catastrophes naturelles ou des situations de conflit dans leurs pays d’origine, vers des horizons où ils espèrent trouver mieux. A ce titre, le migrant a besoin à la fois de liberté, de sécurité, de justice et du respect de sa dignité, qu’il soit en pays de transit ou de destination. Or, les politiques migratoires sont de plus en plus contraignantes parce qu’elles ont tendance à réduire, voire limiter, les flux migratoires dans le monde. Pour cette raison, les migrants contournent les contrôles qui sont mis en place dans certains pays, comme le Niger, et, en le faisant ils s’exposent à tous les dangers. La solution à cette situation est que les États facilitent aux migrants l’accès aux documents de voyage et donc à la migration régulière.

Il y a quelques mois, l’Union Européenne a essayé de convaincre des pays africains de mettre en place des « hot spots », des centres d’enregistrement des migrants, pour « trier » ceux qui ont droit à l’asile. Que pensez-vous de cette initiative ? 

Nous nous opposons à la création de ces centres car, en réalité, ils consistent à enfermer les migrants pour sélectionner ceux qui doivent ou peuvent bénéficier du droit d’asile; les autres sont tout simplement abandonnés à eux-mêmes ou refoulés. Nous estimons que ce sont des centres discriminatoires, qui bloquent les migrants dans leurs mouvements. C’est une atteinte à leur droit d’aller et venir librement. Dès l’annonce de la création de ces centres d’enregistrement, à l’instar d’autres organisations de défense des droits des migrants, nous nous sommes opposés à ce que le Gouvernement nigérien accepte ce dispositif. Au-delà de notre pays, nous suivons toujours les tentatives de l’UE de créer des centres notamment au Maroc, en Tunisie, en Algérie ou en Libye. Heureusement, certains pays ont refusé! Sur ce sujet, à mon avis, il aurait été plus souhaitable d’envisager d’autres types de dispositifs, plus souples, tels que les centres de transit de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), pour les demandeurs d’asile, et, les centres de transit pour les migrants de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Quelle est votre opinion sur la situation des migrants en transit, « bloqués » dans les villes de Niamey et d’Agadez ?

A Agadez, comme dans les autres régions du pays, Maradi, Tahoua, Zinder, sous peine d’être arrêté pour trafic illicite de migrants, personne ne veut participer, de quelque façon que ce soit, au processus de la migration, qu’il s’agisse de l’hébergement ou du transport des migrants. Les migrants en transit sont alors abandonnés à eux-mêmes. Cela a accentué la migration irrégulière et a rendu les conditions de transport des migrants plus dangereuses. Ces derniers doivent emprunter de nouveaux trajets pour contourner les postes de contrôle mis en place sur les trajets ordinaires et moins périlleux. A cela vient s’ajouter le fait que les migrants prennent du retard dans la poursuite de leur voyage. Ils sont dans une situation de blocage à Agadez. Plus le temps passe et plus leur situation devient précaire. Cette précarité se constate aussi chez les migrants en transit à Niamey. Ils sont souvent sans ressources et sans soutien. A Agadez, cela a créé des problèmes d’ordre publique lorsque, il y a quelque mois, des soudanais étaient venus pour demander le statut de réfugié. La population locale se plaignait des problèmes sécuritaires. Pourtant, tous ces désagréments pourraient être évités si les migrants avaient un accès plus facile aux documents de voyage, comme expliqué précédemment.

Face la persistance des défis migratoires, il est essentiel que tous les acteurs de la société travaillent ensemble pour trouver des solutions au niveau local, régional et global. Cela veut dire, au niveau des États, encourager la migration régulière, notamment par un accès plus facile aux documents de voyage, mais également, une coopération  accrue avec des partenaires internationaux, les gouvernements concernés et des organisations locales, pour soutenir le développement économique et la création d’opportunités de formation, de travail et d’avenir pour ces migrants, souvent très jeunes, qui fuient des conditions de vie très dures dans leurs pays d’origine et qui sont en manque total de perspectives. Dans le même sens, des efforts doivent être faits pour informer au mieux la jeunesse des enjeux et des réalités de la migration. C’est en ayant tous les éléments qu’ils seront en mesure de prendre la décision de partir, ou d’y renoncer, en pleine connaissance de cause.

 

TMP 15/12/2018

Photo: Hamidou Manou Nabara président de l’ ONG Jeunesse, Enfance, Migration et Développement JMED à Niamey. Crédit: JMED

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